Nos Géants

Le Cheval Bayard

En termes d’hommage à la légende de Bayard, de nombreuses villes ont construit un Géant à l’effigie du cheval magique et singulièrement, c’est au nord du pays qu’il est le plus honoré.

En Flandres, la ville de Dendermonde (Termonde) organise tous les 10 ans un « Ommegang » et chaque char représente un épisode de la légende de Bayard.
En Wallonie, la ville de Ath possède aussi un cheval Bayard qu’elle sort uniquement à la « Ducasse » de Ath, le quatrième dimanche d’août.
Avec leurs six mètres de long et de haut, ces deux chevaux, ne sortent jamais de leur ville.

Le Cheval Bayard de Dendermonde (Termonde) le Cheval Bayard de Ath

La ville de Namur possède également un Bayard, hélas, celui-ci est plutôt un char et non un véritable géant porté.

Dinant possède un Cheval Bayard depuis 1988. Il a été construit pour célébrer les 35 ans du jumelage Dinan en France et Dinant en Belgique.

Les 4 fils Aymon sur le dos de Bayard Le Cheval Bayard de Dinant

Ses dimensions sont plus petites que les autres Chevaux Bayard, mais les porteurs de l’époque qui l’ont construit voulaient lui donner l’aspect d’un vrai cheval et surtout, l’équipe désirait que le cheval puisse représenter Dinant dans d’autres villes. Il s’agit, à l’heure actuelle, du seul Cheval Bayard qui effectue des sorties en dehors de sa ville d’origine.

Messieurs Drion, Delaire, Eloie et Mersch, furent les instigateurs et réalisateurs de ce projet. Il leur a fallu un an pour concrétiser ce géant. Six mois pour l’étude du cheval, pour la création d’une petite maquette et pour l’élaboration des plans. Les six autres mois ont été consacrés à la construction du cheval.

Ce dernier a nécessité:

  • Plus de 60 mètres de barres de fer de 5 mm,
  • 13 m² de treillis métallique,
  • 14 m² de mousse synthétique,
  • 17 m² de tissus,
  • Du polystyrène expansé et du polyester pour la tête qui a été sculptée par monsieur Jacques Leclere.
  • La jupe et la « peau » du cheval ont demandé près de 60 heures de travail aux couturières
  • Un total de plus de quatre cent heures de travail a été nécessaire, pour mener à bien ce projet.
  • Six hommes sont nécessaires pour le porter.

L’histoire du Cheval Bayard

La légende du cheval Bayard et des quatre fils Aymon est une des plus célèbres chansons de geste chantées au Moyen-âge. Elle a laissé de nombreuses traces dans nos régions, encore visibles de nos jours. Une boucle de 280 kilomètres nous emmène de Namur à Bogny-sur-Meuse et nous fait revivre, à travers les nombreux sites portant le nom de Bayard, les exploits réalisés par les 4 fils et leur cheval.

On retrouve ici de nombreux lieux qui retracent l’histoire des quatre fils Aymon et du cheval Bayard :

  • Le célèbre rocher à Dinant en bord de Meuse
  • Dans les Fonds de Leffe, les traces laissées par les chariots de Charlemagne.
  • Dans nos Ardennes, les « pas Bayard », les empreintes de ses sabots dans les rochers.
  • Les passes Bayard, un peu partout le long de la Meuse.
  • Dans les Ardennes françaises, le château de Montauban, où vécurent les quatre fils Aymon, il y a même une superbe statue du Cheval et des quatre fils, dominant la vallée.

Comme toute légende, elle se base sur des faits concrets.

Notre célèbre cheval Bayard est né de l’imagination d’une équipe motivée mais c’est surtout grâce à la légende des quatre fils Aymon que le Cheval Bayard est connu.

Nous avons tous entendu parler des fils Aymon, du cheval et de l’enchanteur Maugis qui se sont révoltés contre le pouvoir tyrannique de Charlemagne.

Histoire et littérature…

La chanson de Renaud de Montauban, plus connue sous le nom de légende des quatre fils Aymon, est un important manuscrit qui comporte 18.489 vers, un cycle important de la littérature médiévale. (voir aussi wikipedia)

A partir du XVème siècle, de nombreuses adaptations en proses vont faire la renommée des quatre frères et de leur cheval magique. Mais le succès que remporte la légende des quatre fils Aymon le doit aussi à l’Ardenne, forêt sombre qui regorge d’histoires allant du plus petit être (nutons et autres farfadets), au plus grand (Bayard).

Au fils des versions, l’origine de Bayard s’est modifiée :

Dans le « Maugis d’Aigremont » (poème ajouté au tronc primitif pour expliquer la rivalité de Charlemagne et de la famille Aymon), c’est l’enchanteur Maugis qui donne le cheval à Renaud. Bayard a été capturé dans l’île de Boucquant (Vulcano) par l’enchanteur, au large de la Sicile, et il a obtenu la soumission de l’animal.

Bayard est un cheval vigoureux, hardi, ardent, infatigable et d’une vitesse de course incroyable. Selon la rumeur, il était capable de franchir la Meuse d’un seul bond. C’est d’ailleurs ce qu’il fit à Dinant. Il prit appui sur un rocher qui fut fendu d’un coup de sabot. Le cheval Bayard était magique : son dos avait la particularité de s’allonger pour pouvoir embarquer plusieurs cavaliers en même temps. C’est pourquoi les 4 fils Aymon sont souvent représentés en croupe sur le même cheval.

Dans d’autres versions, c’est Charlemagne qui remet Bayard à Renaud lors de son adoubement.
La première version semble plus logique car, connaissant les capacités du cheval, il eût été étonnant que Charlemagne s’en sépare.

Bien que Bayard soit la clé de l’histoire, Maugis reste quand même l’auteur de son origine.
Maugis est le fils du duc de Beuves et cousin des fils Aymon ; c’est un guerrier redoutable et un enchanteur, mais aussi un druide avisé à qui on allait demander conseil comme pour son homologue breton Merlin l’enchanteur.
C’est grâce à Maugis et au cheval Bayard que les fils Aymon ont pu tenir tête à l’empereur et c’est pourquoi celui-ci en voulait tellement aux adjuvants de la famille Aymon.

Désormais, les quatre fils Aymon, Renaud, Allard, Guichard et Richard, le Cheval Bayard et l’enchanteur Maugis, font partie de l’Ardenne et comme le sanglier qui orne leur bannière, ils resteront à jamais dans ce beau et unique pays, symboles de résistance et de liberté.

La légende du Cheval Bayard

La légende…

Beuves d’Aigremont, père de Maugis, refuse une invitation de Charlemagne et tue deux messagers de l’empereur. Parmi ces messagers, figurait Lothier, fils de Charlemagne.
Charlemagne envahit les terres de Beuves. Finalement, après la bataille, l’empereur accorde son pardon à la famille de Beuves d’Aigremont et au duc Aymon de Dordogne, frère du duc Beuves et père de nos quatre héros.

L’entourage de Charlemagne n’apprécie guère ce pardon et l’empereur fait assassiner Beuves. La guerre recommence entre les frères du duc et l’empereur. Elle se termine par une réconciliation des deux camps.

Les années passent et à l’occasion de la Pentecôte, le duc Aymon se rend à la cour de Charlemagne où il présente ses fils. Charlemagne promet de les faire chevaliers et la cérémonie commence le lendemain.  Ce jour là, Renaud et ses frères, Allard, Guichard et Richard, se présentent par ordre d’âge devant l’empereur. Renaud monte un coursier magnifique, reçu de son cousin Maugis, et répondant au nom de Bayard.

Charlemagne leur donne l’accolade et comme l’usage le veut, Charles fait dresser une quintaine. A ce jeu, Renaud se montre le plus fort et Charlemagne promet de le faire sénéchal.

Quelques jours plus tard, Renaud et Bertolais, neveu de Charlemagne, jouent aux échecs. Au cours de cette partie, Bertolais insulte Renaud qui s’en plaint auprès de l’empereur.

Celui-ci le rebute et Renaud rappelle l’assassin de son oncle, le duc de Beuves, et l’empereur gifle le fils Aymon. C’en est trop, Renaud tourne les talons et se retire blême de colère, croise Bertolais et lui brise l’échiquier sur la tête.  Le coup fut si brutal que Bertolais ne s’en relèva pas. Prévenu de l’incident, Charlemagne ameute tout le monde.  Renaud et ses frères sont plus rapides et réussissent à quitter la Dordogne pour gagner l’Ardenne.  A Montessor, sur les rives de la Meuse en un site peu accessible, les fils Aymon construisent un château.

Sept ans plus tard, alors que tout semble oublié, Charlemagne retrouve les fils Aymon et convoque son armée. Le siège du château commence et un traître, Hervé de Lausanne, ouvre les portes du manoir, permettant à l’empereur de s’emparer du château. Les quatre fils Aymon réussissent à reprendre Montessor à Charlemagne et à punir le traître.

Cette bataille n’a laissé que cendres et désolation. Résignés, Renaud et ses frères quittent Montessor qui portera le nom de château Renaud.

Nos héros trouvent refuge dans la forêt épaisse d’Ardenne, mais l’hiver est là et dur à supporter. Après quelques années, la troupe des fils Aymon est décimée et ceux-ci décident de retourner en Dordogne.

De retour au château familial, leur père leur fait des reproches sur leur conduite envers l’empereur et le ton monte. Le duc Aymon refuse de rester au château tant que ses fils seront là et c’est la duchesse, leur mère, qui s’occupe de soigner les garçons.

En quittant la Dordogne, les fils Aymon rencontrent leur cousin Maugis d’Aigremont, qui leur offre ses services et un butin pris à Charlemagne.

En Gascogne, les fils Aymon se joignent au roi Yon afin de battre les sarrasins. Beges, un sarrasin est fait prisonnier de Renaud et le roi Yon donne aux quatre frères un ancien castel romain en ruines en signe de reconnaissance. Les frères et leurs gens reconstruisent le château et relèvent le château de Montauban.

Après sa victoire en Saxe sur Witikind, Charlemagne décide de reprendre sa lutte contre les frères Aymon.

Toute l’armée de Charlemagne est là et celui-ci demande au roi Yon de livrer les proscrits. Yon refuse, en reconnaissances des services que lui a rendus Renaud, mais arrange un piège afin de livrer Renaud et ses frères à Charlemagne.

Renaud, Allard, Guichard et Richard se rendent à Vaucouleur au rendez-vous fixé par Charlemagne, afin de régler les conditions de réconciliation. Cela sent la trahison et au détour d’un chemin, Renaud reconnaît Fouque de Morillon, un assassin de son oncle, et ils décident de retourner à Montauban.  Pris au piège, les quatre frères, se battent comme des enragés et parviennent à contenir les assauts de leurs ennemis.  C’est à Montauban qu’un fidèle du roi Yon prévient Maugis de ce qui se passe à Vaucouleur, et, avec Bayard, il vole au secours des frères Aymon.  Charlemagne qui veut en finir avec les fils Aymon, décide d’assiéger le château de Montauban. Après quelques semaines de siège, les occupants se retrouvent dans une situation telle que les frères Aymon décident d’abandonner leur repère.  C’est en ayant soin de laisser leur bannière bien en vue que les quatre frères et leurs gens quittent la forteresse.  Quand Charlemagne s’aperçoit de la supercherie, les frères Aymon sont déjà loin.  De cachettes en châteaux, les frères Aymon traversent toute l’Ardenne avec Charlemagne à leurs trousses.  Las des combats, Charlemagne demande pour faire la paix, que Renaud accomplisse un pèlerinage et lui livre Bayard à défaut de Maugis.  Résigné et la mort dans l’âme, Renaud accepte.
A Liège, Charlemagne fait attacher une grosse meule de pierre au cou de Bayard et le précipite dans le fleuve. D’un coup de sabot, Bayard brise la pierre et après avoir atteint l’autre rive, secoue son poil détrempé puis s’enfuit dans l’épaisse forêt ardennaise.  On dit que le cheval magique hante encore la forêt car chaque année, la nuit de la saint Jean, on l’entend hennir.  Au retour de son pèlerinage, Renaud s’engage comme ouvrier au chantier de la cathédrale de Cologne. Son désir de bien faire lui coûte la vie et son corps est jeté dans le Rhin par des manœuvres jaloux. Son corps fait miraculeusement surface, soulevé par les poissons du fleuve. Ainsi est née la légende de saint Renaud.

Voir aussi:

Le Cheval Bayard sur wikipedia


Cafonette

Nous n’avons pas de traces exactes de la naissance de Cafonette. Mais d’après les rumeurs, Guinguet a été marié à Cafonette après la guerre de 1914.

1548067_10152235919930407_1501054071_o

Qui est Cafonette ?

Personne ne sait vraiment mais tous sont unanimes pour le dire : c’est un clochard, un original de la ville de Dinant, qui vendait des lacets et autres babioles sur la place de la Gare de Dinant dans les années 1900. C’était un grand copain des descendants des Guinguet

12795342_10153983542998970_9202355881261836928_n

Pourquoi est-il devenu une femme ?

C’est un grand mystère du folklore local.


Guinguet

L’histoire de Guinguet

Mais qui est donc ce Guinguet ? Et qu’a-t-il fait de si remarquable ?

C’est en 1815, dans la ville de Dinant, que les trois frères Debri dit « les Guinguet » ont réalisé un acte de bravoure.
Après la défaite de Waterloo, les troupes alliées (les Anglais de Wellington et les Prussiens de Blücher) poursuivent les troupes françaises de Napoléon en déroute. C’est le 22 juin 1815, qu’un déserteur français arrive en ville et annonce qu’un corps de deux mille cosaques marche sur Dinant pour châtier la ville des secours accordés aux Français vaincus. A l’époque, la ville de Dinant avait subi de nombreuses mises à sac et tout le monde se calfeutre chez soi par peur de revivre la même chose.
Les Guinguet sont décidés à stopper les cosaques à la passe Bayard. Il va y avoir bataille !

Lors du passage des cavaliers, Dinant tremble de peur, mais pourtant, aucun cri ni aucun coup de feu ne se fait entendre.
Les premiers citadins qui osent ouvrir légèrement leurs volets assistent à un spectacle étonnant : la troupe des cavaliers passe calme sous la conduite des frères Guinguet, et Cyprien, l’aîné, mène par la bride le cheval du commandant.

Quelques Dinantais qui avaient mis le bout de leurs nez dehors osent demander :

  • « Cyprien, qu’est-ce qu’il y a ? …Ils se sont rendus ? »
  • « Oui, ils se sont rendus, mais il ne faut pas trop leur dire, nous les conduisons à la frontière, c’est convenu comme ça avec le commandant. »

A Givet, le major prussiens écrit à son chef :

«Prince, nos craintes n’étaient pas fondées. Toute l’armée vaincue est rentrée en France. Dinant avait envoyé au devant de nous une députation d’assez drôle de gens qui nous firent les honneurs et voulurent bien nous servir de guides. »

Et voilà comment les trois frères Guinguet passèrent pour avoir sauvé Dinant et fait prisonnier un corps de deux mille cosaques.

Mais que s’est-il réellement passé ce jour là ?

C’est Dinant.

La ville est vraiment jolie avec son drôle de clocher bulbeux, les hauts rochers qui la dominent et que couronne, comme toit de baron, un vieux fort démodé.
Une rue sans fin la traverse, et court, tortueuse, durant plus d’une heure de route, des faubourgs de Leffe jusqu’au Mont Bayard.

Là, au pied de la grande masse de rocher qui, vers le midi ferme la vallée, en l’an 1815, faillit se dérouler un drame d’héroïsme suprême, dont l’histoire n’a pas parlé, je pense.

C’était après la défaite de Waterloo. Les Alliés venaient d’envahir la France, poursuivant les ennemis en déroute. Le 22 juin, vers midi, un déserteur français arriva dans la ville encore tout en émoi, harassé, couvert de poussière et se disant porteur d’une grande nouvelle. On le conduisit en hâte chez M. Benoît Flaubert, qui était mayeur en ce temps-là. Une heure après, le crieur public annonçait à la population consternée qu’un corps de deux mille cosaques marchait sur Dinant pour châtier la ville des secours accordés aux débris des troupes vaincues. Par la voix du crieur, le maire exhorta la ville au calme et à la résignation.

Ah ! Bien oui ! Ce fut une panique effroyable ; qui lors eût vu hommes, femmes et enfants pleurer et se tordent les mains, crier à haute voix très amèrement, il n’est si dur cœur au monde qui n’eût eu pitié.

Dinant se souvenait de la vengeance du Charolais, cette passe terrible de son histoire : la ville mise à feu et à sang, pour avoir pris le parti de la France, des bombardiers pendus aux gibets sur la montagne, huit cents bourgeois attachés deux à deux et précipités dans la Meuse.

Sans doute, les secours portés aux vaincus d’hier constituaient les même griefs ; et pareil châtiment menaçait encore la ville.

Dinant était dans la consternation ; les rues désertes, partout les volets, les persiennes baisséset des cierges brûlaient aux pieds de tous les saints et saintes du paradis, qu’on pouvait invoquer en semblable occurrence. Or vers huit heures du soir, on entendit dans le grand silence de la ville apeurée le bruit d’une patrouille qui passait. Le maire s’était réfugié dans une chambre du haut, entouré des siens et de ses proches, en larmes.

Il rêvait, accoudé tristement sur le berceau de son dernier rejeton. Ce bruit de pas battant le pavé vint le tirer de sa douloureuse torpeur, il frissonna :

« Déjà ? … prononça-t-il à peine, dans un profond soupir. C’est l’avant garde, sans doute ! »

Puis lentement, résigné, il se porta à la fenêtre, comme marchant à la mort.

Là, il eut un cri de surprise et de soulagement. « Non, dit-il, ce sont les Guinguet ! »

C’étaient les trois frères Guinguet, en effet, les épiciers du faubourg, qui passaient épouvantablement armés.

M. Benoît Flaubert ouvrit la fenêtre : « Où allez-vous, pour Dieu ! » demanda-t-il?

« Au rocher Bayard, arrêter les cosaques ! » Répondit Cyprien, l’aîné des Guinguet.

« Mais vous les exciterez, répondit Benoît Flaubert avec terreur, vous vous ferez tuer ! »

Vous nous ferez tuer tous, mes enfants ! Cyprien regarda le maire d’un air de reproche : « Les Guinguet ne connaissent que le devoir, » fit-il. Et tous les trois, superbes, continuèrent leur route.

Ils étaient terribles, drôles… cependant. « Ou vont donc les Guinguet ? » Se demandait-on.

Il était neuf heures quand ils arrivent au rocher Bayard. Là, ils se firent apporter des chaises, allumèrent un feu et, ayant sorti d’un gros sac, que le plus jeune portait, une ample provision de victuailles, ils se mirent à manger.

Ils mangèrent longtemps, a-t-on raconté, et burent aussi.

La collation finie, Cyprien dit à ses frères

« Dormez, vous autres ; moi, je veillerai ! »

Il alla s’installer derrière une façon de guérite qu’on voit encore au revers du rocher et s’assit le fusil dans les jambes. La nuit était belle. Pas de bruits. Une lune superbe.

De son poste d’observation, Cyprien entendait ronfler ses deux cadets et ne pouvait s’empêcher de penser, voyant leur impassible courage :

« Vrai dieu ! De quel sang nous sommes ! »

La nuit passa sans alerte. L’aube parut.

Tout à coup Cyprien vit pointer deux cavaliers sur la route qui vient de France par les hauteurs. Bientôt, dans un tourbillon de poussière, une masse sombre au galop monta sur l’horizon

« Jacques, Jean » cria Cyprien, dont le cœur battait.

Les deux héros ouvrirent les yeux lourds de sommeil.

« Quoi ? » demandent-ils mal éveilles.

« Ils viennent ! »

« Ils viennent ? …On les voit ? » …interrogent en même temps Jean et Jacques, glacés de peur.

« Oui, on les voit ! »

Tous gagnèrent le poste d’observation.

On les voyait, en effet. Déjà la route en était couverte; il en montait toujours.

« L’affaire sera rude ? » Fit Cyprien.

Jacques et Jean avaient affreusement pâli.

Ils contemplaient, plein d’émoi, cette masse sombre où couraient comme des étincelles, de vifs éclats d’acier… Tout à coup, une troupe venant du fort poussa dans l’air un long cri d’effroi ; et presque aussitôt le gros bourdon de Notre-Dame se mit à sonner le tocsin, à coups redoublés, comme un cœur qui bat d’angoisse.

« Ce sera terrible ! » Dit encore Cyprien.

Puis après un moment : « C’est Forest qui corne au fort, je serais curieux de savoir si, de là-bas, il nous verra mourir. »

Jacques et Jean ne soufflaient mot, l’idée de mourir les avait mis en sueur froide et la consolation de mourir, contemplés par Forest, leur paraissait une compensation légère

A l’heure où le crieur public annonçait que les alliés venaient châtier Dinant, les trois frères Guinguet, enfouis profondément dans leur cave, procédaient à un classement plus méthodique de leur bourgogne.

Ce fut seulement vers cinq heures, en remontant au jour qu’ils apprirent la terrible nouvelle.

Ils étaient émoustillés. Et cette idée leur vint qu’il serait beau que les trois frères Guinguet s’en allassent au rocher Bayard, mourir en défendant la ville.

Cyprien était ardent et brave, Jacques et Jean, plus pusillanimes, négligeant d’envisager les dangers mortels de semblable équipée, s’étaient laissés éblouir par les côtés exaltés de cette décision suprême.

Et les trois frères Guinguet s’étaient armés et étaient partis pour les Thermopyles.

« Qu’en voilà ! Qu’en voilà ! » S’exclamait Cyprien.

Les cosaques avaient fait un temps de trot pour dévaler la côte, ils gagnaient la route plate, on pouvait les distinguer à cette heure, couverts de peaux de bêtes, cavalcader en désordre sur leurs petits chevaux sauvages et le fer des lances et les fourreaux brillaient dans la lumière du jour levant.

« Ils sont bien deux mille ! » Estima Cyprien, qui ne les quittait pas des yeux.

Jacques et Jean ne répondaient pas.

Tous deux avaient la même idée : la fuite, ils cherchèrent façon raisonnable de la proposer.

Jean parla le premier :

« Cyprien, ils sont absolument trop ! Si nous nous en revenions ? »

Cyprien répondit : « Non ! Nous n’en aurons pas le reproche. »

« Cyprien, songez-y » reprit Jacques.

« Non » répondit Cyprien.

« Par les bois ! » Proposa Jean, montrant la possibilité de retraite déguisée.

« Non ! Reprit Cyprien, non ! Et suivez-moi ! »

Tous trois descendirent dans la gorge.

« C’est ici, dit Cyprien, qu’il nous faut mourir ! » Jacques et Jean se turent.

L’ennemi approchait ; on entendait une immense rumeur, la terre s’ébranlait au pas des chevaux.

« Cyprien, ils sont près… mais nous aurions encore le temps. » C’était Jacques qui parlait. Cyprien ne répondait pas. Les cosaques débusquaient en face.

« Il est trop tard ! » S’exclamèrent en même temps Jacques et Jean, désespérés.

Cyprien avait quitté la maison paternelle, son testament fait, avec l’intention bien arrêtée de mourir.

Déjà il voyait en rêve, gravée dans la roche, cette inscription solennelle ;

« Passant, va dire à Dinant, la fière ville, qu’ici les trois frères Guinguet sont morts pour la défendre ! ». Mais la pusillanimité de ses frères avait fini par ébranler son courage. Oh il voulait bien mourir, mais non point mourir seul. Il se disait : « Au premier choc, Jacques et Jean vont m’abandonner ».

Il était pâle, il songeait, il se voyait sanglant, foulé aux pieds des chevaux, scalpé peut-être… scalpé ! De voir trembler ses frères, il tremblait aussi ; ses jambes flageolaient, il prit une chaise et s’assit. Les deux cadets firent de même.

Cependant, les cosaques n’étaient plus qu’a vingt pas. L’officier qui commandait l’avant-garde s’étonna de voir là devant lui, ces trois hommes, tous armés, assis bien à l’aise et fermant le passage ; il détacha l’un des cavaliers qui partit au trot.

Cyprien, voyant venir le cosaque, prit un air farouche et tous deux se regardèrent menaçants.

Mais derrière Cyprien, les deux frères cadets présentèrent les armes et faisant de la tête des signes « bonjour » et des risettes très engageantes, afin de corriger le mauvais effet que pouvait produire l’attitude provocatrice de l’aîné.

En présence de cet accueil contradictoire, le cavalier, perplexe, ne sut que faire et tourna brideet rejoignit le détachement qui s’était arrêté.

On négocia quelques minutes dans un groupe chamarré d’hommes, puis on vit s’avancer un gros major moustachu.

Quand il vit venir, sabre au poing, le gros major moustachu, Cyprien prit peur ; il se retourna vers Jacques et Jean.

« Allons ! Vous autres, dites, faut-il les laisser passer. »

Oh ! Oui ! Va, Cyprien, répondirent-ils à voix basse et d’un ton de prière.

Cyprien remit son fusil au port d’arme, les yeux baissés, n’osant dévisager le major.

« Que veut dire ceci ? » Demanda celui-ci en russe.

Les Guinguet ignoraient les langues slaves.

« Nous sommes les trois frères Guinguet », dit Cyprien d’un ton modeste.

Le major ne comprit pas :

« Alors, reprit-il toujours en russe, vous êtes la députation envoyée par la ville ? »

« Demande-lui s’il parle wallon ? » Souffla Jacques.

Je ne sais pas ce que comprit le major, mais il salua Jacques avec l’air de le remercier ; il fit signe à la troupe d’avancer.

Cependant, Dinant savait que les trois frères Guinguet tenteraient d’arrêter l’invasion. Il y allait avoir bataille. On allait entendre des cris, d’épouvantables fusillades, puis des cavaliers, poussant des clameurs féroces passeraient dans une charge furieuse, tuant, massacrant, mettant tout à feu et à sang ; il y aurait des écroulements de mur, des viols de femmes, des égorgements d’enfants… pourtant rien, pas un cri, pas un coup de feu ! Et déjà les cavaliers défilaient.

Ceux qui, les premiers, osèrent entrouvrir leurs volets clos virent un spectacle étonnant :

La troupe passait, calme, conduite par les deux frères Guinguet et Cyprien, l’aîné, menait par la bride le cheval du commandant.

Le maire avait aussi entrouvert ses volets :

« Cyprien, dit-il, presque à voix basse, qu’est-ce qu’il y a ? …Ils se sont rendus ? »

« Ils se sont rendus, si vous voulez, Benoît, mais il vaut mieux ne pas le leur faire trop sentir. »

« Et où allez-vous comme ça ? »

« Les reconduire à la frontière, par l’autre côté de l’eau. C’est convenu. »

Le major regardait le maire, qui baissait les yeux et ferma sa fenêtre, pour ne point l’exciter.

« Qui aurait dit ça des Guinguet ? » Fit-il alors, avec une pointe d’envie.

Le soir, sous des arcs de triomphe, les trois frères Guinguet rentraient dans la ville pavoisée.

Et, de Givet, le gros major écrivait à son chef, le prince Kouvarof : « Prince, nos craintes n’étaient pas fondées. Toute l’armée vaincue est rentrée en France. Dinant avait envoyé au devant de nous une députation d’assez drôles de gens, qui nous firent les honneurs et voulurent bien nous servir de guides. »

Et voilà comment trois frères Guinguet passèrent pour avoir sauvé Dinant et fait prisonnier un corps de deux mille cosaques.

Frédéric Cousot.

(Cette version a été publiée dans le Mosan du 12/02/1982)

Resituons le contexte…

Il existe plusieurs versions de l’histoire de Guinguet. Comme celle où Cyprien n’arrêta pas des cosaques, mais bien Napoléon lui-même et toute son armée se rendant à Waterloo, car l’empereur ne possédait pas de laissez-passer pour traverser la ville.

D’où est tirée cette histoire ?

En 1887, paraissait à Bruxelles, chez Mme veuve Monon, un recueil de contes intitulé «La Tour aux Rats»

Parmi ces 18 contes figurait un récit évoquant l’épopée des frères Guinguet qui arrêtèrent les cosaques à Dinant en 1815.

Qui était l’auteur de ce recueil ?

C’était un jeune homme de trente ans.

Il s’appelait Frédéric Cousot. Né à Dinant le 25 février 1856, il avait fait ses études chez les frères, ensuite au Collège Notre-Dame de Bellevue et puis probablement à l’université.

Comment lui vint la vocation d’homme de lettres ?

Nous l’ignorons. Toujours est-il qu’il fit de fréquents séjours à Paris et y collabora à plusieurs journaux. En plus, il publia « Contes et Fantaisies » en 1883, « Lettre au Fond des bois » en 1886, et la « Tour aux Rats » en 1887.

C’est lui aussi qui fut l’auteur des paroles du célèbre chant dinantais : « Les Batteurs de Cuivre ». Avec quel entrain ce chant fut exécuté chez les frères par les enfants dans les baraquements qui servaient d’école de 1915 à 1922 !

Les évènements de la grande guerre !

Frédéric Cousot, connut lui aussi le fameux 23 août 1914.

Dans la nuit du 23 au 24 août, il fit partie du convoi qui achemina 416 otages dinantais vers Cassel où ils restèrent captifs pendant trois mois. Mais la fin approchait et l’échevin décéda à Dinant le 31 mai 1932. Il était le fils de Théodore Cousot qui fonda la société Saint Vincent de Paul en 1852 et frère du docteur Georges Cousot qui fut député, puis sénateur de 1900 à 1927.


Adolphe Sax

Adolphe Sax

10384526_10152833673658147_3108906385442492744_nMerci à tous pour votre présence lors de la première sortie de notre géant Adolphe Sax! Un merci tout particulier également à tous les artisans qui ont participé à la création du géant ainsi qu’aux parrains du géant, à la Ville de Dinant, à l’Abbaye de Leffe, à la Royale Confrérie des Quarteniers de la Flamiche Dinantaise, à la Loterie Nationale, aux porteurs du géant ainsi qu’à tous les Mougneux d’Coûtches et la population dinantaise! MERCI!

Découverte en avant-première du géant Adolphe Sax en vidéo (cliquez ici)

Reportage sur la première sortie du géant Sax le 06/11 à Dinant (cliquez ici)

La ville de Dinant se prépare à fêter le bicentenaire de la naissance d’Adolphe Sax. L’année 2014 verra émerger différentes activités pour fêter l’illustre citoyen. L’idée est de rendre hommage et faire vivre le saxophone, les harmonies, le personnage Sax…

Photo banc Sax modifiéeLes Dinantais se mobilisent donc et les associations ne sont pas en reste. Parmi elles, le groupe des Mougneux d’Coûtches et des Géants de Dinant prépare activement un projet particulièrement original et ambitieux : la création d’un géant – une sorte de grande marionnette portée et dansante – à l’effigie d’Adolphe Sax

Le projet est en route depuis plusieurs mois. En effet, la construction d’un géant, surtout s’il représente une personne historique, ne s’improvise pas. Les plans sont prêts et les corps de métier connus : un vannier s’occupera de la structure, une école technique des vêtements, un artiste sculpteur de la tête… Le budget est proportionnel à la taille du Monsieur : près de 10.000 € (3500 € pour le buste, 1500 € pour les vêtements, 3000 € pour la tête…). Mais le géant est garanti 100% belge! La création du géant prendra +/- 6 mois, tout en sachant que certaines parties pourront être réalisées en même temps!

Géants de Dinant

Mais pourquoi un géant Sax ?

Le groupe des  » Mougneux d’Coûtches  » et des Géants Dinantais a été (re)créé en 1978 par des anciens animateurs scouts à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire du jumelage entre Dinant et Dinan. Guinguet et Cafonette sont reconstruits sur base des géants qui existaient jadis. Dix ans plus tard, en 1988, le cheval Bayard vient agrandir la famille.

Le bicentenaire de la naissance d’Adolphe Sax est un tel événement qu’il semble important de marquer le coup. Un nouveau géant comme Adolphe Sax, c’est 30 ans de visibilité pour la ville de Dinant !

Adolphe, mais quel Adolphe ?

Nous parlons d’Adolphe Sax depuis le début de cet article mais savons-nous seulement qui il est ? Ce monsieur pousse son premier souffle à Dinant le 6 novembre 1814 au 37 de la rue qui porte aujourd’hui son nom. Il commence à fabriquer ses propres instruments de musique très jeune et à l’âge de 31 ans, il dépose un brevet décrivant un nouvel instrument « qui par le caractère de sa voix pût se rapprocher des instruments à cordes, mais qui possédât plus de force et d’intensité que ces derniers ». Cet instrument connut un tel succès qui porte aujourd’hui le nom de son génial inventeur : le Saxophone.

Il va sans dire que le nouveau géant portera fièrement un saxophone à sa taille. Ce dernier ne sera toutefois pas en cuivre et n’émettra aucun son… sauf si un bricoleur de génie pouvait nous fournir un mécanisme simple et léger. Avis aux amateurs !

Géants

Les commentaires sont fermés.